• Combien sont les ngunguois de notre génération qui avaient jadis, franchi le rubicon en empruntant le fameux couloir de la mort que devait obligatoirement traverser tout quidam qui voulait entrer à Masielele, ce village surnommé du nom de « Katanga » par ses occupants, en référence à la fameuse guerre de sécession qui avait secouée cette riche province de notre pays après notre accession à notre souveraineté nationale en 1960.

    Les jeunes de notre époque, plus particulièrement les enfants du Camp Otraco ou ceux des quartiers Natal et Ndimba avaient tissé des relations amicales avec certains de leurs condisciples de classe, originaires des villages Mbamba, Kinlele, Zulu Mongo, Langa, Kidiaki, Kinteke, Luvaka, Kimuingu, Mpete, Sinsu, pour ne citer que ces localités. Aussi, des échanges de tous genres étaient effectués régulièrement entre ces élèves devenus des amis circonstanciels. Connus pour leur hospitalité légendaire, certains élèves de tribu ndibu, n’hésitaient pas d’apporter, en guise d’amitié, qui un colis des mangues ou d’avocats, d’autres des safous ou papayes pour consolider leurs relations amicales. Les jeunes les plus courageux et les plus téméraires n’hésitaient pas de répondre aux invitations leur adressées par leurs amis. Ils ont eu le bonheur d’effectuer des visites dans les villages précitées, et parfois d’être servis à la source.  Lorsque je revois cette période où nous vivions dans l’abondance des biens et des services, personne ne pouvait s’imaginer que la sorcellerie existait dans notre pays. D’ailleurs, un adage en vogue en ces moments-là nous disait que « Ndoki, mu kanda diani kaka ka dilanga ». Peut-être si c'était dans le contexte dans lequel nous vivons aujourd'hui, on vivrait avec une panoplie de conflits... Avec la complicité de certains amis d’enfance notamment le grand chef coutumier Bungalow, Lema, Lemba, etc… les jeunes citadins de Thysville étaient gâtés par les circonstances favorables de la nature.

    Pour revenir à Masielele qui est notre véritable sujet du jour, nous confirmons que cette forteresse étaient infranchissables. Plusieurs légendes circulaient autour de cette localité où vivait un policier de très grande notoriété et qui répondait au nom de Nkaka Mpuaya. Je l’appelle Nkaka, parce qu’il appartenait au clan Mbamba Kalunga, et de ce fait était un parent par alliance à mon grand-père, Nkaka Jean De Koke, qui était lui aussi du même clan.  C’est à ce titre que j’ai eu l’occasion de me rendre à trois ou quatre reprises dans ce village. Le premier jour où nous avons franchi ce couloir, j’avais de la chair de poule. En effet, du chemin des fers jusqu’à Masielele, il fallait grimper sur une colline qui vous épuise physiquement avant d’entrer dans ce que nous pouvons appeler la forêt de Masielele. Après quelques enjambées, on se retrouve brusquement dans un espace vide qu’il faut emprunter à découvert avant de reprendre sa traversée le long d’un autre sentier qui, au bout de quelques minutes de marche, vous conduit tout droit au cœur de ce village. Masielele est un village comme tous les autres, mais sa grande particularité est qu’elle fut bâtie par un peuple qui avait un esprit guerrier. Mbamba Kalunga fut la tribu chargée de la protection de Ntinu Kongo dans l’ancien royaume du Kongo. Ce sont les premiers Makesa du Royaume. Les esprits avisés reconnaissent que tout était minutieusement préparé dans le choix du site qui a abrité leur village. Les makesa de Masielele étaient invincibles, parce qu’ils étaient avant tout des fins stratèges.

    Lorsque vous allez à l’assaut d’un village situé en hauteur, après une longue marche à pied, et quelle que soit votre forme, vous arriverez au sommet de la montagne éreinté, c'est à dire épuisé et fatigué. Curieusement à ce stade, vous ne trouverez aucune résistance et naïvement, vous croirez que la voie est libre. Rapidement, vous vous engouffrez dans le sentier qui conduit au village ou vous entrez carrément dans la forêt pour essayer de prendre l’ennemi par surprise. Et là sera pris celui qui se croyait plus malin, car au bout de quelques minutes, vous allez vous retrouver dans un cul de sac, c'est-à-dire dans cette espace vide à laquelle j’ai fait allusion plus loin. C’est là que les Makesa retranchés dans leur forteresse lancaient leur offensive et réduisaient l’ennemi à sa plus simple expression.  Bambuta, ngangu za kala bawu…

    Une autre légende nous disait que les habitants de ce village qui ne toléraient pas la contradiction n’hésitaient pas à décapiter toutes les personnes suspectes qui se rendaient dans ce village. Aussi, tous les parents s’évertuaient de dissuader leurs enfants à se rendre dans cette localité. C’est pour cette raison que plusieurs anciens de Thysville n’ont pas eu ce privilège d’aller se balader dans les alentours de ce village. On racontait aussi qu’il vivait dans ce bled un grand féticheur qui avait la capacité de brouiller les traces des enquêteurs, même lorsque les tueurs étaient identifiés. Dans une société où l’on vivait encore sous l’emprise du fétichisme, c’est la goutte qui avait fait déborder le vase.

    Or, en Kisimbi kia nkulu, je ne connais pas jusqu’à ce jour, une seule famille qui a été victime ou s’était plaint d’avoir perdu un membre de sa famille dans ce village. Même mon ami Crispin dont on reconnaît le courage ne me contredira pas. Il n’a jamais été à Masielele. Pourtant, ce nom est mythique dans les rangs des ngunguois. Ce village qui est bien protégé par ces makesa restera à jamais un objet de curiosité.

    A la prochaine.

     


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