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    Le 12 septembre 1921, Tata Simon Kimbangu ainsi qu'un groupe de ses plus proches fidèles collaborateurs sont arrêtés à Nkamba par M. STOEK. Ils sont accusés de sédition envers le pouvoir colonial établi et de troubler l’ordre public. Et pourtant, cet homme ne faisait que remplir une mission divine lui confiée par Dieu. Avant son arrestation, plusieurs fidèles et adeptes de son mouvement l’avaient déjà précédé à la prison de Thysville, victimes de l’intolérance, de la cruauté et de l’atrocité du pouvoir colonial qui tentait de mâter par la manière forte, ce qu’ils considéraient comme une rébellion.

    Au moment de son arrestation, Tata Simon Kimbangu n’était pas seul, il fut accompagné d’une centaine de fidèles encadrés par les soldats de la Force Publique. Ils pénétrèrent dans l’allégresse la plus totale dans la ville de Thysville chantant  des louanges à la gloire du Mvuluzi. Le conseil de guerre mis sur pied quelques jours auparavant avait déjà prononcé plusieurs condamnations contre plusieurs fidèles arrêtés avant leur chef de file. Cette fois-ci, il siégea en procédure d’exception et d’urgence.

    Le procès de Tata Simon Kimbangu fut très expéditif. Il s’est déroulé en un temps record et fut entaché de plusieurs irrégularités. L’instruction, les débats et le jugement ont été expédiés en 18 jours. Tenez ! Les prévenus n’avaient pas bénéficié de l’assistance judiciaire. Ils n’eurent droit à aucun avocat. Au total, il eut au total sept audiences de trois heures chacune, à raison de deux par jour, à 9 heures et à 17 heures. Le tribunal militaire mis en place était composé de trois membres. Le commandant Rossi, juge unique, Monsieur Dupuis, Commissaire de district adjoint, y représente le ministère public. Tandis que M. Berre Waerts en fut le greffier.

    Le verdict rendu fut sidérant. En voici la teneur : 

    Vu par le Conseil de guerre siégeant à Thysville, région soumise au régime militaire mitigé, par Ordonnance n° 89 en date du 12 août 192, par le vice gouverneur général de la province du Congo Kasaï, la procédure à charge des prévenus Simon Kimbangu, Mandombe, Zola, Matufieni, Lenge, Sumbu, Mimba Philémon, Matta, Mbaki, Nkelani John, Batoba Samson, Batoba David, Malaka Sesteni,. Prévenus d’avoir porté atteinte à la tranquillité publique. Jon Lubuende, Bamba et Dindo Vualeba, prévenus de ladite infraction.

    Vu l’assignation des prévenus en leurs dires et moyens de défense précités par eux-mêmes, le Conseil de guerre :

    Attendu que le 11 mai 1921, au village de N’kamba, 1’administrateur des Cataractes Sud dût subir, les volontés des prophètes, de leurs aides et de leurs bandes d’indigènes qui y étaient réunis ;   

    Attendu que le 6 juin suivant, le même fonctionnaire chargé de procéder à l’arrestation du prophète en chef, Kimbangu, y fut viollement attaqué par la foule et que deux des soldats y furent blessés à coup de pierre et couteau ;

     Attendue que les foules réunies par les prophètes étaient manifestement hostiles à l’Etat ;

    Attendu que le nommé Kimbangu, en répandant et en faisant expliquer le texte de la bible à sa façon par ses aides et adeptes, à imposer ses volontés aux populations, qu’il a affirmé au prestige, comme il a été dit, en répandant et en faisant répandre toujours par ses aides des faux bruits des miracles, en tenant des séances des guérisseurs d’hommes et d’envoyé de Dieu, dans son village e ailleurs ; que c’est pendant ces séances qu’on a inculquées aux indigènes les fausses idées de religion, qu’on les a exécutés contre les pouvoirs établis ;

    Attendu que Kimbangu a été reconnu par les médecins sain de corps et d’esprit et par conséquent responsable de tous ces actes, que ces crises de nerfs ne sont que des simulations, qu’il se peut que quelques cas de maladie nerveuse aient été guéris par suggestion mais que le prévenu en a profité pour tromper la bonne foi de la masse destinée à servir d’instrument inconscient à ses fins, que le but poursuivi était celui de détruire l’autorité de l’Etat ;

    Attendu qu’il demeure établi que par ces actes, propos, agissements, écrits, chants  et son histoire dictée par lui-même, Simon Kimbangu s’est érigé en rédempteur et sauveur de la race noire en désignant le blanc comme l’ennemi, en l’appelant l’ennemi abominable ;

    Attendu qu’il est établi par les faits que Kimbangu, malgré la défense de l’autorité a continué et persévéré dans son travail en faisant croire qu’un nouveau dieu allait venir, que ce Dieu était plus puissant que l’Etat représenté par lui Kimbangu, Mfumu Simon, Mvuluzi, qu’un temple nouveau, église nationale noire, allait être fondé ;

    Attendu que la secte des prophètes doit être considérée et organisée pour porter atteinte à la sureté de l’Etat, secte cachée sous le voile d’une nouvelle religion, mais tendant à démolir le régime actuel, que la religion n’est qu’un moyen pour exciter et exalter la croyance des populations, que les foules impressionnés et poussées par la force du fanatisme doivent souvent servir d’instrument pour atteindre le but final ;

    Attendu qu’il résulte des rapports officiels, des correspondances échangées entre noirs, des renseignements reçus, que les blancs sont l’objet d’une haine profonde de la part des adeptes de Kimbangu, que cette haine s’est infiltrée et s’est répandue avec une rapidité alarmante parmi les indigènes, qu’il est indéniable que la doctrine de Kimbangu a été la cause d’une grève manquée, d’abstention au travail d’un grand nombre de travailleurs ;

    Attendu que les moyens de persuasion ont été interprétés par les natifs, les prophètes et les adeptes comme de la faiblesse de l’impuissance de l’Etat contre la force spirituelle, magique, divine du thaumaturge, que s’il est vrai que l’hostilité contre les pouvoirs établis, a été manifestée jusqu’à présent par des chants séditieux, injures, outrages et quelques rebellions isolées, il est pourtant vrai que la marche des événements pourrait fatalement conduire à la grande révolte, qu’il convient d’apprécier toute la gravité de l’infraction et d’intervenir en appliquant sévérement la loi ;

    Attendu que la nommée Mandombe, jeune fille sans expérience, suggestionnée par les simagrées du grand prophète, a agi et servi ce dernier inconsciemment, que par ce fait, elle doit largement bénéficier des circonstances atténuantes ;

    Que le même bénéfice doit être accordé au nommé Lumbuende John, qui a hébergé à Sanda le prophète et la suite de Kimbangu, tout en le sachant activement recherché par l’autorité, mais que l’exemple lui a été donné par le chef même du village et chef médaillé ;

    Vu les articles 76 du Code Pénal, Livre 2 et 101 ter du Code Pénal Livre A ;

    Vu les articles 31 et 32 du Décret du 3 novembre 1917 sur la Justice Militaire ;

    Condamnons Simon Kimbangu à la peine de mort ;

    Zola, Matufieni, Lenge, Sumbu, Mimba Philémon, Matta, Mbaki, Nkelani John, Batoba Samson, Batoba David, Malaka Sesteni à la servitude pénale à perpétuité ;

    Banda et Dindo Vualeba à vingt ans de servitude pénale

    Lumbuende John et Mandombe à deux ans de servitude pénale

    Et les frais du procès à la charge de la colonie.

    Et attendu qu’il y a lieu de craindre que le condamnés ne tentent de se soustraire à l’exécution de jugement, ordonnons leur arrestation immédiate ;

    Ainsi jugé et prononcé à l’audience publique du 3 octobre où siégeaient M.M. De Rossi, Juge ; Dupuis, Ministère Public ; Berrewaerts, Greffier.

     

    Ce jugement rendu le 3 octobre 1921 par le Commandant De Rossi condamne Tata Simon Kimbangu à la peine de mort et à 120 coups de fouet, tandis que ses apôtres à la servitude pénale à perpétuité. Les missionnaires catholiques et protestants, très satisfaits par ce verdict, écrirent à Sa Majesté Albert 1er  pour que cette sanction soit maintenue. Cependant, suite à une requête introduite le 4 novembre 1921 par la Baptist Missionary Society « BMS », la peine de mort infligée à Tata Simon Kimbangu fut commuée en travaux forcés à perpétuité par le Souverain Belge.

     

    Durant ses trente ans d'emprisonnement, Kimbangu continuera d'être considéré comme un leader spirituel malgré l'absence de contact avec ses fidèles. Il devient également un symbole du nationalisme congolais. Il meurt finalement à la prison d'Élisabethville (actuelle Lubumbashi) en 1951. Tata Simon Kimbangu et les nombreux fidèles arrêtés avec lui payèrent au prix fort leur croyance à ce mouvement. Selon les estimations, de 1921 à 1957, plus de 37.000 familles furent déportées du Bas Congo vers des provinces lointaines pour mettre définitivement un terme à ce mouvement messianique incarné par Tata Simon Kimbangu. Hélas, malgré les brimades et privations de toutes sortes auxquelles les fidèles furent soumis, rien, absolument rien ne réussit à ébranler leur foi, ni à les détourner de leur voie toute tracée.

     

    KU NGUNGU MA KANGAMANA – KU NGUNGU MA KUTUKILA

    Quatre vingt neuf ans après cette ignoble condamnation. Cinquante neuf ans après la mort de Tata Simon Kimbangu, tous les fidèles kimbanguistes, ainsi que tous les hommes épris de paix et de justice attendaient impatiemment  la révision de ce procès. On savait que c’est la juste remise des choses à leur place. Les Ngunguois (Thysvillois à l'époque), témoins de cette décision en 1921, se sentent particulièrement concernés par cette affaire qui avait eu lieu dans leur cité. Ils souhaitaient que cette révision se fasse dans cette cité emblématique, et dans les mêmes lieux qui avaient servi de TRIBUNAL au moment de ce jugement. Les autorités du pays qui ont décidé d’en finir avec cette humiliation qui collait à la peau de cet homme qui avait jadis symbolisé le refus de la soumission aveugle de l’homme noir ont décidé que LA HAUTE COUR MILITAIRE de Kinshasa soit le cadre approprié de réouverture de ce procès.  


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